20 avril 1873

« 20 avril 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 108], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.307, page consultée le 24 janvier 2026.

Cher bien-aimé, tu m’as passé sous l’aquilin malgré l’attention profonde de mes yeux et de mon cœur mais je te pardonne car le soleil darde si fort sur ton toit qu’on y cuit rien que de le voir de loin.
J’ai passé une assez bonne nuit ; ma douleur est un peu calmée et le sera tout à fait d’ici à ce soir ; jusque là je vais m’indulger des pieds à la tête pendant que mes femmes seront à la messe ; de ton côté, mon Grand Petit Homme, il faut prendre aussi soin de toi et ne pas travailler comme un pauvre nègre que tu n’es pas ; il faut encore et surtout m’être très fidèle de corps, de cœur et d’âme ; en regards, en paroles et en action. Ma santé, ma vie et mon bonheur, si tu y tiens, dépendent de tout cela à la fois. Moi je ne peux que me laisser faire et t’aimer de toute mon âme dans le bien ou dans le mal.


« 20 avril 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 109], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.307, page consultée le 24 janvier 2026.

Je t’aime, je t’aime, je t’aime et je vais très bien en ce moment-ci. Je m’empresse de le constater pour forcer le bobo à fiche son camp une bonne fois pour toutes. Cela est d’autant plus [illis.] pour moi que je vous sais en train de flirter, con amor, avec la trop charmante Miss Juny. Mais méfiez-vous car il n’y a pire Juju que les plus podagres comme moi qui peuvent au besoin jeter leur culagrerie1 par-dessus votre toit et tomber en plein dans vos criminels marivaudages. Vous êtes averti. Soyez prudent.
Moi pendant ce temps là j’achève de distiller ma vieille goutte pour la faire boire au diable si je peux.
Mes servantes sont en promenades ; Fouyou et moi gardons la maison, ce qui ne me déplaît pas. Tout ce qui n’est pas toi m’est plus qu’indifférent. Aussi quand tu ne peux pas être avec moi je préfère être seule tout à fait. Citoyen ! Prenez garde à vous ! Les oreilles me tintent du mauvais côté et mes jarretières se relâchent de plusieurs crans. Prenez garde à vous, je ne te dis que ça !


Notes

1 Néologisme en forme de mot-valise : “cul” + (pod)“agrerie”.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.